CAN 2021: le Sénégal de Macky Sall dans la dysphorie post-coïtale. Par Latyr DIOUF

CAN 2021: le Sénégal de Macky Sall dans la dysphorie post-coïtale. Par Latyr DIOUF
Après le coït, l'animal est triste. Cela s'appelle la dysphorie post-coïtale. C'est connu depuis l'Antiquité, même si l'autorité de ce constat (Galien), relève deux exceptions. De mémoire, le coq et la femme.
 
Les vides qui succèdent aux grandes ivresses sont, souvent, plus redoutables, les grandes détresses étant, davantage, suivies d'aubes mélioratives. Mais, quel catharsis que cette première étoile! Que la procession dionysiaque du peuple sénégalais m'anéantisse pour mon indifférence feinte!
 
Comme vous, les moins jeunes, j'attendais un sacre footbalistique depuis Caire 86. J'avais pile 11 ans. Puis, plus rien jusqu'en 2002: Euphorie inoubliable depuis Metz! Vingt ans plus tard, je m'en veux presque d'avoir gardé ma sérénité devant les purs moments de folie suivis sur... WhatsApp. L'âge, peut-etre.
J'étais le petit bonhomme romantique complètement rabougri, mais debout, devant le sublime national. Un peu comme un Malagasy devant le cyclone Batsirai. Un Homme sans inquiétude est un monstre. Je ne suis pas un trouble-fête, ok!;)
 
Revenons au match. Il était à mourir d'ennui pour ceux qui recherchaient du grand foot, convenons-en. Mais, pour nous Sénégalais, c'était un Djihad, une croisade, une quête du Graal. Qui ose imaginer la morosité d'après, si les Lions rentraient encore bredouille? Un mars 2021 bis n'était pas à exclure, devant les passions tristes et diffuses d'un peuple profondément aliéné par l'État, la politique et la religion. Donc, merci Sadio Mané, de nous avoir délivré du mal, même provisoirement. Le dernier penalty était, pour moi, le seul instant digne d'une finale. La victoire est d'autant plus belle qu'elle a balayé les prédictions défaitistes des charlatans médiatisés. Il peuvent tranquillement aller attiser leur bûcher homophobe moyenâgeux, en attendant que les terroristes armés arrivent à réaliser leur Grand Soir en Afrique de l'Ouest. Le cas échéant, ils pourraient avoir besoin de tous ces affreux à long chapelet pour gouverner . En attendant, JUBILONS!
 
L'Histoire sourit et continue de faire les yeux doux à Macky Sall. Elle espère plus que des rattrapages infrastructurelles, la baisse de quelques denrées et la promotion de faux partisans disponibles et obséquieux en présence des chefs, incompétents, trompeurs et tyranniques dans leur fonction et à la ville. En passant, les cadeaux financiers et fonciers ruinent l'équité et l'inclusion, et fragilisent le contrat social. [Ça tue aussi les belles âmes, sans maladie visible. Faut que je retombe sur cette capsule de Tivaouane qui expliquait les effets de la corruption]
L'Histoire du Sénégal rêve de restaurer et d'enrichir son patrimoine immatériel avec un nouveau souffle (envie de risquer la théorie du Grand Homme, mais, menageons les susceptibilités).
Les millions de jeunes qui ont secoué Dakar, Paris, Abidjan, Montréal réclament des ravissements plus durables. Telles des junkies, ils brûleraient TER, ports, aéroports, autoroutes; ils détruiraient tout pour un moment d'oubli du clair-obscur gramscien qui les enveloppe.
 
L'Histoire sourit et continue de faire les yeux doux à Macky Sall. Cette communion nationale est l'une des plus plus belles occasions de son impressionnante carrière pour libérer toutes ses aptitudes à la sublimation.
 
Latyr DIOUF