Congo-B-100 ans de Pointe-Noire : « Au Burkina-Faso, c’est la jeunesse qui détient le pouvoir ; au Congo, c’est le pouvoir qui détient la jeunesse. » (Gaylord Fortune Pouabou)

Congo-B-100 ans de Pointe-Noire : « Au Burkina-Faso, c’est la jeunesse qui détient le pouvoir ; au Congo, c’est le pouvoir qui détient la jeunesse. » (Gaylord Fortune Pouabou)

Originaire du Congo-Brazzaville, de Pointe-Noire plus précisément, Gaylord Fortune Pouabou est installé en France. Activiste politique, il a participé à plusieurs manifestations contre le pouvoir de Brazzaville. Désormais il se consacre à l’écriture. Il a publié un premier livre fin 2020, dont le titre est une phrase d’Alfred de Musset, « Alors s’assit sur un monde en ruines ne jeunesse soucieuse » (Editions Renaissance Africaine), un cri de colère contre l’apathie de la jeunesse congolaise, mais aussi un appel à l’éveil. Quelques mois plus tard, il a récidivé, toujours chez le même éditeur, avec « Post-scriptum ou Les Lettres de Mpita », un prolongement du premier.

Pour le centenaire de sa ville natale, il se pose des questions sur la place de la jeunesse.

AWN: Selon vous, la jeunesse burkinabé constitue un réel vecteur de déstabilisation, au contraire de la jeunesse congolaise ?

Gaylord Fortune Pouabou : Tout à fait ! Souvenez-vous que c’est la jeunesse burkinabé, en descendant dans la rue, qui avait poussé Blaise Compaoré vers la sortie. Les hommes politiques n’avaient fait que saisir la balle au bond. Plus récemment, c’est cette même jeunesse qui a protesté contre l’inertie de Christian Kaboré face à l’ignominie du terrorisme, approuvant le coup d’Etat du MPSR, (Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration) présidé par le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba. A contrario, la jeunesse congolaise végète dans une apathie totale, incapable de revendiquer ses droits. Non, la jeunesse congolaise n’existe pas, comme je l’ai écrit dans mon livre. Elle attend tout du pouvoir, tel un conglomérat d’automates.

AWN: Vous invitez donc la jeunesse de descendre le plus souvent dans la rue ?

GFP : le salut ne découle que de la permanence de la lutte qui suppose de fuir l’apathie ou la mollesse. Il ne s’agit pas d’envoyer quiconque à la mort. Dans mon livre, j’ai cité Héraclite à dessein : « Le combat est père de toutes choses : de quelques-uns il a fait des dieux, de quelques-uns des hommes ; de quelques-uns des esclaves, de quelques-uns des libres… » Évidemment, je ne vois dans cette phrase aucune invite à connotation belliqueuse. Jamais je ne confondrai le « combat avec la violence » : ce « sont deux choses tout à fait différentes… » Ce à quoi nous invite Héraclite, c’est à la lutte et à sa permanence. Or la jeunesse congolaise à laquelle j’appartiens semble être « l’esclave » du pouvoir en place. Seules comptent pour les jeunes les miettes que leur donne le pouvoir.

AWN: Votre ville natale, Pointe-Noire, va fêter ses cent ans dans quelques jours. Des festivités sont prévues pour l’occasion. La jeunesse aura-t-elle toute sa place ?

GFP : J’en doute ! A y regarder de plus près, on ne parle de Pointe-Noire qu’en termes de pétrole, d’inaugurations de bâtiments et de festivités qui s’en suivent. Jamais en termes de jeunesse. Or c’est l’occasion justement pour la jeunesse de mettre les autorités face à leur incurie. Qu’ont-elles fait pour que la jeunesse s’épanouisse ? J’ai envie de citer Aldo Leopold : «  Ce dont la jeunesse a besoin, c’est qu’on lui dise qu’il y a un bateau en construction dans sa propre cale sèche mentale, et que ce bateau est destiné à prendre la mer. »

Propos recueillis par La Rédaction